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Histoire & Patrimoine pénitentiaire

Personnels et pratiques professionnelles dans l’Entre-deux-guerres

Surveillance

Surveillance intérieure

La surveillance dans les prisons françaises :
Surveillance intérieure et extérieure, les lieux de discipline, les visites au  parloir, la cours de promenade, la cantine, le  transfèrement et le travail pénal...

Surveillance intérieure et extérieure

Le travail des surveillants dits « ordinaires »

Le travail des surveillants dits « ordinaires », durant cette période d’Entre-deux guerres, est déjà juridiquement bien encadré. Les surveillants ont pour principale mission la garde des détenus, mission relevant du domaine de la sécurité publique. Si une évasion a lieu, et si celle-ci résulte de la négligence ou de la complicité d’un surveillant, le Code pénal prévoit différentes sanctions pour ce dernier. Les surveillants ont également pour obligation de signaler toute infraction à la discipline commise par les prisonniers. Pour tout dégât, dégradation ou dommage non signalé, le surveillant est, selon le règlement de 1923, tenu responsable.

Dans les prisons cellulaires, les surveillants jettent régulièrement un coup d’œil à travers le judas des cellules. De fait, la surveillance dans les prisons est constante : ateliers, réfectoires, préaux, cours, couloirs, buanderie, infirmerie, magasins… Des postes fixes sont aussi prévus, tel celui du portier. La nuit, un service de permanence est mis en place par le surveillant-chef, des rondes sont effectuées.

D’autre part, ils doivent inspecter les cellules au moins deux fois par jour, au moment des promenades ou des visites des détenus. La plupart des bâtiments de prisons sont entourés d’une muraille, laissant place à un chemin de ronde. Les postes de garde militaires ayant été supprimés en 1923, ce sont les professionnels de la pénitentiaire qui ont hérité de cette surveillance « postée ».

Inspection des cellules

Les lieux de discipline

les principales règles de discipline en vigueur dans les établissements pénitentiaires des années 1930

L’interdiction de conversation, de désordre et de tabac, ainsi que l’obligation de propreté et d’entretien du matériel et des locaux, sont les principales règles de discipline en vigueur dans les établissements pénitentiaires des années 1930. Tout détenu qui enfreint les règles (tentative d’évasion par exemple) doit comparaître devant une audience dite de " prétoire disciplinaire " . Suite à cette comparution, des punitions lui sont infligées : privation de promenade, de correspondance ou de visites, suppression de vivres ou régime du pain sec, amende, réclusion (mise en cellule), mise aux fers ou encore envoi à la salle de discipline. Cette dernière a été introduite par une circulaire de 1876. Les détenus de la salle de discipline sont continuellement sous la surveillance d’un gardien, astreints à alterner ¾ d’heure de marche et ¼ d’heure de pose sur un plot, sans interruption. L’alimentation n’est constituée que de pain et d’eau pendant trois jours consécutifs, puis de vivres ordinaires le quatrième jour.

La peine de la salle de discipline, comme celle de la mise aux fers ou du mitard, peut avoir une durée maximale de 90 jours. Un médecin doit visiter régulièrement les détenus sanctionnés et peut lever les punitions à tout moment s’il considère que leur santé est en danger. Le régime disciplinaire appliqué aux femmes est moins sévère, les peines de la salle de discipline et de la mise aux fers leur sont épargnées.

Les visites au parloir

Les conditions de visites au parloir

Les visites au parloir dans les prisons de courtes peines ne sont pas accordées uniformément selon la catégorie des détenus. En effet, les prévenus, les accusés et les dettiers en matière de faillite peuvent en recevoir tous les jours, tandis que les condamnés sont limités à deux visites par semaine. Toutes sont d’une durée maximale d’une demie heure. Les permis de visite sont accordés au conjoint, au tuteur et aux parents au troisième degré. Les parloirs sont aménagés pour permettre la présence d’un surveillant, dans un couloir grillagé séparant ainsi le visiteur du détenu. Le surveillant n’est cependant pas autorisé à assister aux visites des avocats, qui peuvent être quotidiennes.

Dans les maisons centrales, le surveillant est également présent au cours des visites, qui ont lieu sur autorisation du directeur d’établissement, après fourniture d’un justificatif de degré de parenté entre le détenu et le visiteur, délivré par le maire.

Les cours de promenade

Promenade obligatoire dans les maisons centrales

La promenade dans les établissements de courtes peines n’est obligatoire que pour les condamnés et pour les jeunes détenus ; elle dure une heure par jour. Les cours de promenade sont généralement communes, mais des cours individuelles peuvent exister lorsque la prison est de type cellulaire.

Dans les maisons centrales, la promenade se déroule le matin et l’après-midi, durant des séquences d’une demie heure, dans la cour. Elle est obligatoire, sauf contre-ordre du médecin. Elle se déroule en silence et les détenus marchent en file indienne.

Les surveillants sont évidemment présents pour superviser le bon déroulement de ces promenades dans les cours. Par ailleurs, elles ne sont pas le lieu pour d’éventuelles séances de sport, la culture physique ne faisant pas partie des activités possibles en prison. En revanche, elles peuvent être un lieu de « réunion » des détenus, pour des défilés ou pour des inspections réalisées par les surveillants.

Cantine, régime alimentaire, distribution

Le régime alimentaire des détenus

Le régime alimentaire des détenus en maisons d’arrêt est fixé par la circulaire du 21 octobre 1926, tandis que celui des détenus de maisons centrales est fixé dans un cahier des charges de 1839 : les rations de pain, de viande (uniquement le dimanche et les jours de fêtes), ou de soupe y sont précisées. Des distinctions sont faites pour certains types de détenus. La consommation de boissons alcoolisées n’est autorisée aux condamnés que sur autorisation et dans des limites strictes ; les autres détenus peuvent s’en procurer par la cantine mais leur consommation est également contrôlée. Le tabac est par ailleurs prohibé pour les détenus en maison centrale, pour les jeunes détenus et les condamnés des prisons de courtes peines. L’achat de vivres supplémentaires peut être fait en cantine : leur prix est fixé par le directeur de l’établissement.

Aucune photographie de cantine n’a été prise durant les reportages présentés dans ce parcours, et pourtant les détenus usent de cette possibilité pour améliorer leur quotidien.

Plus de 70 aliments et autant d’objets divers peuvent être « achetés », avec le pécule obtenu pour le travail effectué en détention : charcuteries diverses, épicerie (confitures, gâteaux secs, fromages, etc.), mets préparés (viandes bouillies, rôties, ragoûts, etc.), objets de toilette, ustensiles de réfectoire (assiettes, pots, fourchettes, etc.), ou encore des vêtements supplémentaires.

Les surveillants et surveillants-chefs veillent à ce que les sommes utilisées en cantine soient retirées des livrets de pécule, l’argent ne circulant pas en numéraire. Les repas se déroulent en cellule ou en réfectoire. Leurs horaires varient selon la saison et selon les établissements. Pour la distribution des repas, les surveillants sont aidés de détenus, appelés auxiliaires, qui peuvent aussi être assignés à la préparation des repas.

Les transfèrements

Les transfèrements administratifs

La série de photographies sur ce sujet illustre un seul type de transfèrement, à savoir les transfèrements administratifs, qui s’opposent aux transfèrements judiciaires assurés par la gendarmerie et concernant les prévenus et les accusés.

Les transfèrements administratifs sont assurés par le service des transfèrements cellulaires dépendant du 2e Bureau de l’Administration pénitentiaire. Ce bureau est composé d’un surveillant principal, de dix surveillants-chefs et de vingt premiers surveillants, ainsi que d’un greffier-comptable et d’un commis. Il prévoit les transferts des condamnés d’une maison d’arrêt à une autre, ou vers les maisons centrales, par le biais de « tournées ». Elle durent de trente à quarante jours et s’effectuent en wagons cellulaires. Six tournées avec sept voitures ont lieu chaque année. 4363 transferts d’individus par voiture cellulaire ont par exemple eu lieu en 1931, soit 4120 hommes et jeunes garçons, et 243 femmes et jeunes filles.

Atelier et travail pénal en cellule

Les types de travaux pratiqués

Dans les prisons de courtes peines, l’obligation de travail ne concerne que les condamnés et les mineurs détenus par "correction paternelle" ; elle résulte de l’article 40 du Code pénal. Il n’existe que de rares ateliers organisés en régie pour le seul compte de l’établissement (cuisine, balayage ou buanderie). Or, le système de la régie s’est généralisé : ainsi, l’Administration tient le rôle de l’entrepreneur et passe un contrat avec un confectionnaire qui lui reverse le produit du travail accompli. Les tarifs sont proposés par le directeur, débattus avec le confectionnaire et arrêtés par le préfet.

Les types de travaux alors pratiqués dépendent surtout des ressources industrielles locales. Des travaux sont mis en place uniquement pour occuper le détenu (triage de légumes secs, cassage de noix) ; d’autres sont plus industriels, sans toutefois exiger de réelles compétences (confection de filets, d’articles de papeterie, de sacs, d’articles de bazar, de parapluies, ...). Un livret de travail est établi pour chaque détenu, dont le salaire est inscrit sur le livret de pécule. Pour les maisons centrales, c’est le ministre qui décide du type d'activité autorisé. Les ateliers sont très diversifiés : confection de vêtements, de draps, de chaussures, de meubles en bois ou en fer, de jouets, de bicyclettes, de paniers, de chaises, ou encore d’abat-jour par exemple. Un contrat est alors passé entre le confectionnaire et l’Administration.

Le classement des détenus par industrie est fait par le directeur, d’après la proposition du sous-directeur et suivant avis médical. Le choix est fait selon les qualités professionnelles du détenu et ses préférences. L’effectif d’un atelier ne dépasse jamais 125 à 150 détenus. La durée du travail fixée par la circulaire du 16 octobre 1924 est en général de 8 à 9 heures. Le dimanche, les détenus ne travaillent pas. La surveillance est continue dans les ateliers en commun quel que soit le type d’établissement pénitentiaire. Elle est effectuée par roulement.