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Histoire & Patrimoine pénitentiaire

Personnels et pratiques professionnelles dans l’Entre-deux-guerres

Soin et éducation

Service médical établissement pénitentiaire dans l'entre-deux-guerres

Soin et éducation dans les établissements pénitentiaires  :
La bibliothèque, le culte religieux et l'enseignement, la propreté et l'hygiène, le service médical...

Bibliothèque

91.283 livres

En 1931, on recense 91.283 livres dans les bibliothèques des prisons (on en recensait 500.000 en 1985). Dans les établissements de longue peine, c'est par l'intermédiaire de la maison centrale de Melun chargée des reliures administratives que les bibliothèques sont pourvues de livres, cela aux frais de l'Administration.

Comme au 19ème siècle, le livre reste un moyen de moralisation et d'ordre. Toutefois, le nombre de livres varie énormément selon les bibliothèques - de 800 à 4.000 selon un rapport de 1924 - et Fontevrault en possèderait même, en 1931, moins de 200 utilisables pour une population moyenne de 423 détenus. Partout, les détenus dont autorisés à lire le dimanche et pendant les heures de promenade.

Culte et enseignement

Le culte religieux 

Le culte religieux est prévu dans toutes les prisons mais il n’est pas assuré partout. En Alsace-Lorraine (Strasbourg, Haguenau, Metz), on rencontre un personnel ecclésiastique spécialement affecté dans les prisons. Ailleurs, les aumôniers sont choisis, moyennant une indemnité, parmi les ecclésiastiques exerçant leur ministère dans la localité siège de la prison. Dans les maisons centrales, les détenus peuvent pratiquer leur culte et, dans quelques-unes comme à Nîmes, les 3 cultes sont présents (catholique, protestant et israélite). La messe est célébrée le dimanche dans la chapelle. Depuis une circulaire de décembre 1924, les détenus ont le choix d'assister ou non aux offices de leur culte pendant le temps de leur détention.

L’enseignement

L’enseignement est confié aux instituteurs dont les emplois sont accordés pour moitié aux candidats militaires titulaires du brevet élémentaire et aux candidats civils en possession soit du brevet supérieur de l’enseignement primaire et du certificat d’aptitudes pédagogiques, soit du baccalauréat. Les institutrices son recrutées selon les mêmes conditions sauf pour les veuves de fonctionnaires. Dans toutes les maisons centrales, un instituteur doit s'occuper des détenus illettrés. Ailleurs, celui-ci n’est pratiqué que dans quelques prisons importantes (Metz ou Fresnes pour les femmes en 1931) et dans les établissements pour mineurs comme à la Petite Roquette où un enseignement quotidien de quelques heures était prévu. Souvent, l’enseignement, quand il existe, se limite à des « lectures » ou des « conférences », sortes de causeries de morale pratique et d'éducation civique.

Propreté et hygiène

l’hygiène des établissements et des détenus

Dans les maisons centrales, l’hygiène des établissements et des détenus laisse à désirer. En 1925, l’inspection générale des services administratifs recommande : « il serait désirable que chaque détenu fût dès son entrée, systématiquement dirigé sur les bains et les douches, et pût prendre au moins, une douche par semaine ». Ils signalent de nombreux cas de gale et phtiriase. Trois ans plus tard, les fonctionnaires constatent que les douches sont prises en moyenne tous les 15 jours et dans certaines maisons centrales (Haguenau par exemple), seuls des bains de pieds hebdomadaires et des bains tous les 3 ou 4 semaines sont organisés.

Par ailleurs, ils notent que « la propreté du linge et des vêtements laisse dans nombre de cas, trop gravement à désirer » ; ce qui soulève la question de la généralisation de la buanderie dans les grandes prisons. Les lavabos sont insuffisants et souvent absents à côté des dortoirs, ce qui oblige parfois les détenus à se laver dans des baquets collectifs à la sortie de l’atelier en fin de journée.

En revanche, l’hygiène alimentaire est étroitement réglementée par des instructions ministérielles. En effet, l’amélioration du régime alimentaire contribue à contrer la propagation de la tuberculose, souci constant des autorités qui recommandent des mesures sanitaires prophylactiques et préventives à défaut de pouvoir obtenir des aménagements et des équipements adaptés.

Le service médical

Une procédure pérenne

Depuis le 19ème siècle, le service médical dans les prisons est réglé de la même façon. Il concerne l’examen des arrivants, la consultation périodique des détenus se présentant à la visite et le traitement des malades à l’infirmerie de l’établissement. Un médecin est attaché à chaque prison et effectue, dans les prisons importantes, une visite quotidienne comme le prévoit le règlement.

Un ou plusieurs détenus peuvent faire office d’infirmiers dans les plus grandes. Le médecin de la prison est tenu de faire un rapport annuel. Dans les maisons centrales, la visite du médecin, payé par l’Etat et parfois logé aux frais de l’Etat comme à Fontevrault et à Clairvaux, est quotidienne.

Il existe également un pharmacien chargé des prescriptions rédigées par le médecin sur le carnet de visites et des surveillants-infirmiers assistés parfois de détenus infirmiers qui assurent une permanence 24h/24. Un comptable et un cuisinier sont également attachés à l’infirmerie. Chaque infirmerie est munie d’une salle d’opérations chirurgicales.

Dans cette période de l'Entre-deux-guerres, la mortalité est remarquable par la place terrifiante de la Tuberculose (en 1931, en maisons centrales, 57 % des décès sont dus à des maladies pulmonaires) et la fréquence des maladies vénériennes (une prophylaxie anti-vénérienne par un dépistage est d’ailleurs organisée depuis 1922 dans les principaux établissements). Les détenus ayant à subir des interventions graves sont transférés à l’infirmerie de Fresnes, véritable hôpital-prison de 130 chambres-cellules.