Les 31 mars et 1er avril, l’ÉNAP a organisé un séminaire réunissant 52 représentants des administrations et écoles pénitentiaires francophones d’Europe et du Québec, consacré aux enjeux de valorisation des métiers pénitentiaires, d’adhésion aux principes du service public et de prévention des risques corruptifs.
L’évènement a rassemblé 19 professionnels et responsables pédagogiques internationaux issus des écoles pénitentiaires de Belgique, du Luxembourg et de Suisse, ainsi que du Centre de formation et de perfectionnement correctionnel ; SCC et de l’Unité permanente anticorruption du Québec. Côté français, 33 participants représentaient l’ÉNAP, la Direction générale de l’administration pénitentiaire, les directions interrégionales de Bordeaux, Paris, Grand Ouest et Toulouse, ainsi que l’Agence française anticorruption. Le séminaire s’est prolongé le 2 avril par une journée d’immersion pédagogique au sein des classes et ateliers de simulation de l’École.
Pendant deux journées et grâce à la mobilisation de modérateurs de l’ÉNAP, de la DGAP, de l’IGAP et des DISP de Bordeaux et Paris, les travaux ont porté sur trois thématiques principales :
• Attractivité et valorisation des métiers pénitentiaires
• La formation, levier d’adhésion aux principes du service public
• Risques corruptifs : Protéger l’institution et ses personnels par la formation
Les élèves ont été placés au cœur des échanges, notamment à travers l’intervention de quatre élèves DSP, qui ont présenté des expériences vécues ou recueillies mettant à l’épreuve leur adhésion aux valeurs et principes du service public. Les résultats d’un questionnaire renseigné par près de 600 élèves de différentes filières sont venus compléter ce recueil d’informations, en apportant un éclairage approfondi sur leur ressenti quant à leur appartenance au service public et à leur adhésion aux valeurs du métier.
La diversité des profils et le format libre des échanges a permis de confronter des pratiques, d’identifier les problématiques des pays présents et de réfléchir à des moyens d’action pour les institutions représentées dans une dynamique collaborative.
Les pays participants font face, à des degrés différents, à des difficultés structurelles de recrutement et de fidélisation des personnels, accentuées par de fortes disparités territoriales. Pour y répondre, plusieurs stratégies de communication à destination du grand public ont été présentées afin de renforcer la connaissance des métiers pénitentiaires et d’en renouveler l’image.
Parmi les pratiques identifiées figurent notamment des dispositifs d’accompagnement des candidats visant à mieux les préparer aux concours et aux procédures de sélection, des mesures de fidélisation ciblées, ainsi qu’une meilleure coordination de la mobilité professionnelle. D’autres leviers ont également démontré leur efficacité, tels que l’évolution du métier de surveillant vers davantage de spécialisation et l’élargissement des perspectives de carrière. Enfin, le recours à des agents ambassadeurs, partageant leur expérience du terrain, ainsi que l’usage d’outils immersifs, facilitent une appréhension plus concrète des réalités professionnelles dès la phase d’orientation.
La transmission d’un socle de valeurs partagé pour construire une identité professionnelle cohérente fut un deuxième axe de travail. Les participants ont mis en évidence la nécessité de recourir à des pédagogies plus interactives et expérientielles tout en s’adaptant à l’évolution des profils des apprenants et de la société. La reconnaissance du « droit à l’erreur », la lutte contre la « culture du silence » et le rôle des tuteurs et encadrants ont été au cœur des échanges.
Le troisième thème des échanges était consacré aux risques corruptifs et au rôle de la formation dans la protection de l’institution et de ses personnels. Les participants ont convergé sur la nécessité d’une prévention impliquant l’ensemble des acteurs pénitentiaires, s’appuyant sur la formation continue et l’expertise des agents de terrain pour une cartographie efficace des risques. Un point de vigilance particulier a été soulevé concernant les risques liés à l’empreinte numérique, encore insuffisamment perçus par les agents. L’exemple québécois, avec un plan de lutte contre les situations d’« intimidation » et un accompagnement individualisé des personnels concernés, a alimenté la réflexion. Plusieurs axes d’amélioration ont été identifiés, notamment le renforcement de la formation des cadres, le développement de pratiques managériales bienveillantes à destination des personnels exposés et l’élargissement des actions de formation à l’ensemble des acteurs intervenant en détention.
Ce séminaire, premier du genre à réunir les écoles pénitentiaires francophones, a constitué un apport particulièrement remarqué pour nourrir l’évolution des contenus de formation et accompagner les transformations des administrations pénitentiaires. Les échanges engagés ont vocation à se prolonger à travers des collaborations pédagogiques bilatérales. Un rapport reprenant les contributions et un compte-rendu des ateliers sera prochainement diffusé pour validation auprès des participants, avant d’être partagé plus largement, notamment au sein du réseau européen des écoles pénitentiaires.