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Expo : l'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus

Expo : l'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus

L’exposition L’œilleton inversé, la prison vidée et ses bleus dévoile le travail d’un artiste engagé, enquêteur critique sur notre société, à travers une immersion au moment de la fermeture de vieilles prisons du XIXe siècle, et poursuivie tout naturellement à l’Enap (École nationale d’administration pénitentiaire, à Agen) auprès des cinq dernières promotions de surveillants en formation. Déconstruisant la figure anonyme du « maton », associée à celle du bourreau dans l’inconscient collectif, ses photographies et ses installations s’attachent à observer les surveillants comme un microcosme, avec humanité, tendresse et humour.

MUSÉE DES BEAUX-ARTS D’AGEN

EXPOSITION DU 24 JUIN AU 30 NOVEMBRE 2017

Une production du Musée des Beaux-Arts d’Agen      

Église des Jacobins
Musée des Beaux-arts d’Agen

Place du Dr Esquirol, 47000 Agen
05 53 69 47 23

Ouvert toute l’année de 14h00 à 18h00
Fermé les mardis, 1er novembre, 11 novembre.        

Edito d'Adrien Enfedaque, conservateur du Musée des Beaux-Arts d’Agen

Succédant à Gérard Fromanger, Arnaud Théval investit, à partir de juin 2017, l’ancienne église des Jacobins, dévolue aux expositions temporaires estivales du Musée des Beaux-Arts d’Agen.

Elle donne l’occasion de dévoiler le travail d’un artiste engagé, observateur ironique de notre société, à travers une étude sur les prisons du XIXe siècle, et poursuivie tout naturellement à l’Enap auprès des cinq dernières promotions de surveillants en formation. Déconstruisant la figure anonyme du « maton », associée à celle du bourreau dans l’inconscient collectif, ses photographies et ses installations s’attachent à observer les surveillants comme un microcosme, avec humanité, tendresse et humour.

 

edito de Sophie Bleuet, directrice de l’École nationale d’administration pénitentiaire

L’Énap enrichit sa formation des personnels pénitentiaires par une programmation culturelle et des propositions artistiques, ouvertes égalementau public agenais, affirmant ainsi l’ancrage de l’école à dimension nationale, dans le territoire agenais. C’est dans ce contexte qu’Arnaud Théval a été accueilli au cœur de notre institution et nous permet de renforcer notre volonté commune de créer des passerelles entre ce monde du dedans, qu’est la prison, et la société civile. Ce projet artistique confirme combien l’Énap et Agen sont engagés ensemble pour porter la formation des personnels pénitentiaires et valoriser ces métiers méconnus. C’est une première pour une école de service public d’accueillir un artiste en résidence.

Ce projet, qui associe élèves de l’Énap et personnels, est fondamentalement basé sur la rencontre et l’humain.

L’imaginaire travaillé de l’artiste se nourrit de rendez-vous avec les individus et l’institution.

S’appuyant sur différents points d’entrées tels que les objets interdits, le choc carcéral des personnels, les conditions de l’incorporation, les tatouages, la figure de la femme surveillante, des récits d’élèves et de personnels, Arnaud Théval façonne cette matière et crée ces opportunités esthétiques permettant à l’institution qu’un regard différent soit porté sur elle et sur ses métiers.

C’est un processus qui contribue à mieux appréhender les enjeux de la culture dans un milieu de formation (l’Enap), dans un environnement contraint (la prison) mais plus globalement au sein de la société toute entière.

Objet artistique, objet sociétal, le travail d’Arnaud Théval questionne, bouscule, enrichit et rassemble. Il intègre tout autant qu’il affranchit. Il permet un épanouissant pas de côté tant pour l’individu que pour l’institution.

le point de vue de l'artiste : Arnaud Théval

L’exposition L’oeilleton inversé : une prison vidée et ses bleus est construite sur un tournant historique pour les prisons françaises. Plusieurs d’entre elles, insalubres et vétustes, ont fermé ces dernières années laissant derrière nous un modèle ancien et à bout de souffle mais toujours à l’œuvre dans nos imaginaires : celui d’une prison panoptique insérée dans nos villes. Le transfert des personnes détenues vers de nouvelles prisons bâties à l’extérieur des villes est le moment de rupture entraînant tous les acteurs, détenus, personnels pénitentiaires, partenaires et familles dans une déchirure paradoxale. Celle d’abandonner un lieu d’enfermement dur mais connu et rassurant, un lieu de travail maîtrisé, voire familial. Les derniers moments de cette vie auront été bouleversants, violents et touchants.

J’entre en prison, quelques heures après. C’est le moment à partir duquel j’ai choisi de construire mon propos, à la recherche de ces fragments d’humanité qui subsistent dans les instants qui suivent le départ des occupants, ce qui reste après le tremblement et ce qui subsiste dans les récits des personnels. En même temps que de nouvelles prisons surgissent, aux capacités étendues, aux normes de sécurité revues, que le nombre de personnes incarcérées atteint des records, le manque de personnels pénitentiaires est plus que jamais un enjeu. Les promotions d’élèves surveillants sont gigantesques, elles vont se succéder à un rythme jamais vu. C’est à l’école nationale d’administration pénitentiaire que je poursuis mon travail, curieux de comprendre les ressorts de la formation des surveillants de prison, tout en m’impliquant dans le processus d’incorporation des codes de ces métiers, en y insérant mes protocoles artistiques. En résidence depuis septembre 2014, je m’immerge dans le parcours des élèves surveillants, de la remise de l’uniforme jusqu’à la cérémonie de clôture pour en faire émerger des propositions de mises en scènes photographiques avec les élèves, issues de ma perception et des récits des élèves sur leurs ressentis.

Le tigre et le papillon, à l’instar d’un dessin photographié sur le mur d’une cellule, est la figure par laquelle je m’interroge sur, qui, du surveillant ou du détenu, incarne le mieux l’insecte fragile ou la force du félin ? Les pièces présentées dans l’exposition se déploient à l’image d’un cycle, celui de la fin d’une typologie d’enfermement et le début d’un métier pour ceux qui feront carrière en prison.

Les œuvres sont des séquences d’une immersion dans la culture pénitentiaire, mêlant fragments d’enfermements et moments de formation. Elles croisent des histoires vécues, des lieux traversés et des mises en situation du personnel pénitentiaire questionnant ma relation à cette imaginaire carcéral et à la figure de ceux qui l’organisent. Comme si l’œilleton s’était inversé, le spectateur découvre les histoires de ceux qui sont perçus comme des bourreaux, qui apprennent à surveiller tout en étant contrôlés de toute part, parfois confronté à des renversements du regard, à des pleins d’humanités, à leurs propres peurs et doutes, que mon processus artistique met à nu tandis qu’il est coutumier de retenir et de cacher ces choses-là.

En savoir plus sur Le tigre et le papillon, l'art sur et dans l'administration pénitentiaire

LA PROGRAMMATION CULTURELLE ASSOCIEE

En intégrant un projet culturel au cœur de sa formation, l’Enap donne la possibilité aux élèves de croiser leurs apprentissages avec des dynamiques complémentaires, aiguiser leurs pensées et leurs sensibilités. La culture s’infuse dans l’école par des signes, des espaces de partage, dans des lieux qui lui sont dédiés ou non mais aussi à travers des évènements de proximité ou collectifs.

Accueillir Arnaud Théval en résidence contribue à cette volonté de mieux appréhender les enjeux de l'art dans un lieu de formation. Ce projet, qui associe élèves de l’Enap et personnels, est fondamentalement basée sur la rencontre et l’humain. Recevoir un artiste au cœur de notre institution où la co-construction est centrale et réflexive, où le maillage fédère et mobilise, renforce nécessairement le projet culturel et artistique soutenu par l’Ecole.

Prolonger cette expérience artistique à travers une exposition où l’on parle notamment de la formation de nos élèves ouvre une (re)connaissance auprès du grand public. Pour l’Enap, c’est continuer d’accompagner nos élèves  à se questionner sur leur apprentissage à la croisée de deux univers, l’un  « sensible »  et « politique » qu’offre Arnaud Théval, et l’autre « codifié» et « porteur des valeurs de la République » de notre administration.

Cette volonté d’amener les élèves à aiguiser leur esprit critique se prolongera  grâce à des  temps de débats, de discussions, de pratiques artistiques, de spectacle vivant… Ils nourriront leurs curiosités et mettront en exergue ces points de tensions et  d’humanité que chacun porte en soi.

Dialogue et recherche sur l’oeuvre

Arnaud Théval construit sa démarche esthétique et politique en créant un dialogue avec d'autres pratiques issues des sciences humaines. Cette attitude, qui irrigue la pensée et l'attitude de l'artiste trouve ainsi des ressources chez d'autres penseurs. Afin de rendre publics ces échanges, différents moments sont proposés afin que cette transversalité irrigue les regards portés sur l’œuvre.

Le philosophe Christian Ruby est ainsi associé à une réflexion sur l'emploi du mot radical dans la sphère publique aujourd'hui. L'exercice de la violence dans les prisons, observé sur les murs de celles qui ont fermé, ou encore dans les récits dans les médias interrogent sur le développement de la pensée radicale.

  • A l'Enap le 5 Juillet de 15h à 17h avec les lieutenants 22 :  rencontres artistiques et débat d’idées sur les radicalités avec Laurent Faivre, Arnaud Théval et Pierre Flory autour de l’exposition et de la pièce de théâtre « Claude Gueux » de Victor Hugo.
  • Au Musée des beaux-arts le 6 juillet : pièce de théâtre « Claude Gueux » de Victor Hugo.
  • A l’Enap le  26 septembre avec les lieutenants 22 :  work shop à l’Enap : la figure du surveillant dans l’histoire.
  • Au cinéma Les montreurs d’image le 27 septembre : débat public

La psychiatre et anthropologue Claire Mestre s'est intéressée aux objets saisis dans les cellules des détenus. Des objets photographiés qui sont présentées dans l’œuvre « Un œil sur le dos », font l'objet d'une fiction dans laquelle ses deux métiers lui permettent de déclencher son imaginaire pour nous en faire un récit.

  • Mercredi 11 Octobre : lecture publique "Objets d'amour en cage" à 17h30 à l'église des Jacobins et 20h à la ferme de Trenque (Enap).

    Lire le texte de Claire Mestre

Les sociologues et enseignants chercheurs au Centre Interdisciplinaire de Recherche Appliqué au champ Pénitentiaire à l’Enap Guillaume Brie et Cécile Rambourg, amorcent avec l'artiste une série d'entretiens. Ces échanges construisent un matériau constituant la trame d'un article scientifique pour un colloque s'intitulant « Ce que l'administration pénitentiaire fait au corps » qui se tiendra à l'Énap en décembre.

Dialogue et imprégnation de l’œuvre

L'institut de Formation en Soins infirmiers se saisit de l'exposition et des porosités des thèmes entre le milieu carcéral et le monde hospitalier pour engager dans sa formation des rencontres. Cette dynamique transversale est l'occasion de réfléchir aux enfermements que produisent les institutions et aux difficultés de l'exercice d'un métier humain quel que soit le contexte institutionnel.

  • Octobre : visite guidée par les élèves de l’Enap en posant les divergences et les convergences entre ces deux métiers (surveillant et aide-soignant). En cours de construction.

Les « relais » partenaires sont des personnes qui à la fois alimentent la réflexion de l’artiste sur le milieu carcéral mais qui sont aussi en lien étroit avec l’exposition par leur métier notamment

  • Avril-Mai : Installations, médiations et échanges autour des œuvres  « A fond perdu » en avant-premières à la maison d’Arrêt d’Agen, au SPIP d’Agen et au Tribunal de Grande Instance d'Agen. L’artiste a effectué un travail  à partir du fonds Manuel. C’est une appropriation des photos du fonds en dialogue avec sa lecture de la photo, des rapports aux médias en proposant une lecture critique  associant ces images à celles de la prison d’aujourd’hui.
  •  Mai-Juin : plusieurs temps de formation à la visite guidée de l’exposition pour le personnel pénitentiaire, les élèves de l’Enap, les médiateurs du musée, les enseignants de Lot-et-Garonne et les partenaires culturels de la ville d’Agen.

l'oeuvre "a fond perdu" est issue d'un dialogue avec l'historienne fabienne huard-hardy sur le fonds henri manuel

L’œuvre "A fond perdu" est aussi le résultat d’un dialogue avec l'historienne Fabienne Huard-Hardy (auteure de l'ouvrage : "le Manuel des prisons") et son approche du Fonds Henri Manuel.

La formation « Faire vivre la culture en milieu pénitentiaire : les radicalisations » à partir de l’exposition, les participants s'interrogeront sur la pertinence et les enjeux d'une programmation culturelle et de mettre en perspective des projets en lien avec les programmes de lutte contre la radicalisation.

  • Du 13 au 17 novembre 2017 : auprès des personnes en charge de la culture en détention

Echanges et initiation à des pratiques culturelles autour de l’œuvre

En collaboration avec le Département de Lot-et-Garonne et le rectorat de l'Académie de Bordeaux, des ateliers de pratiques artistiques sont mis en place dans le cadre des itinéraires de la convention éducative. L'approche se construit à partir de la notion de l'engagement artistique et de la citoyenneté. S’appuyant sur différents points d’entrées tels que les objets interdits, le choc carcéral des personnels, les conditions de l’incorporation, les tatouages, la figure de la femme surveillante... A partir de cette expérience esthétique, de la rencontre avec l’artiste et de la découverte de l’Enap, les élèves sont invités à questionner leur rapport à l’enfermement, dans le cadre d’un protocole artistique proposé et accompagné par l'artiste. Une restitution est organisée et présentée à l'Énap en 2018.

  • Mai-Juin : formations pour les enseignants
  • Octobre :  rencontre avec l’artiste et implication dans des protocoles artistiques pour les lycéens ou collégiens.
  • Octobre : visites de l’exposition en présence de l’artiste.

Les archives départementales de Lot-et-Garonne, avec son directeur Stéphane Capot, enclenchent avec l'artiste une réflexion sur la mise en mouvement par l'art des documents d'archives. Une recherche se développe sur la mémoire des camps d'internements et sur la transformation des bâtiments publics en prison, sous le second Empire puis sous la troisième république. Ce projet est la prolongation directe des œuvres sur le fond Manuel.

  • Une restitution publique est en réflexion.

La photographe Anne Leroy pose son regard sur le travail d’Arnaud Théval. Il s'agit d'un travail de recherche et de réflexion à partir du Fond photographique Manuel en écho à l’œuvre « À fond perdu » que l'artiste présente dans l'exposition.

  • Juillet : pour deux groupes de surveillant 194, proposition d’intégrer la visite de l’exposition dans le temps de cohésion qui sera poursuivi, pour les élèves qui le souhaitent, un atelier de pratique artistique autour du regard et de l’éducation à l’image. Cet atelier fera l'objet d'une restitution sous forme d'exposition à l'Énap.
  • Juillet : parcours dans le cadre des chantiers citoyens/culture pour les jeunes d’Agen. Visite de l’exposition et de l’école

En écho

Le Théâtre  Ducourneau, Spectacle : De la démocratie, écriture et mise en scène Laurent Gutmann d’après "De la démocratie en Amérique" d’Alexis de Tocqueville. Penseur visionnaire de la démocratie et de ses dangers tels que l’individualisme ou la tyrannie de la majorité, Alexis de Tocqueville est considéré comme l’un des pionniers de la sociologie.

Dans la programmation culturelle de l’Enap au théâtre Ducourneau d’Agen : le spectacle "Raging Bull" de la compagnie : Calindband théâtre

Quand théâtre et danse se rencontrent pour affronter le Taureau enragé du Bronx. Jake LaMotta, alias Raging Bull, a été champion du monde des poids moyens de 1949 à 1951. Un comédien, un danseur et un musicien portent ensemble le récit du boxeur, sa lutte perpétuelle contre les autres et contre sa propre violence. Comme sur un ring, les deux interprètes révèlent la beauté brute de cette confession, et comme un arbitre le musicien sampleur donne le tempo.

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