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Etudiants à l'Ecole Pénitentiaire portent leurs sacs de l'ENAP

Recherches en cours

Evaluation d’un programme de préparation à la sortie

La prise en charge des personnes placées sous mains de justice, désormais orientée par le modèle Risque Besoin et Réceptivité (RBR) d’Andrews et Bonta, repose de plus en plus sur des outils d'évaluation du risque de récidive et des programmes d’accompagnement.

L’objectif de cette recherche consiste à analyser et comprendre les (dys)fonctionnements d’un de ces programmes de préparation à la sortie, créés et expérimentés par le SPIP de la Maison d’Arrêt de Lyon Corbas. Ce programme vise plus particulièrement à faciliter la transition entre le « dedans » et le « dehors », pour la personne sortant de prison, en créant des conditions plus favorables de retour dans la société. Différents facteurs sont travaillés à partir de modules animés par le SPIP et des organismes extérieurs : l’emploi, les compétences sociales, le passage à l’acte et l’accès aux droits communs.

Pour répondre à cet objectif, nous proposons une évaluation « formative » portant sur la « qualité » générale de la mise en application du programme. Sont notamment questionnées les représentations - des détenus, des personnels pénitentiaires et des intervenants extérieurs - quant au fonctionnement du programme : représentations du programme, de la sortie de prison, de la préparation à la sortie, du cadre dans lequel est implanté le programme. Nous cherchons ici à comprendre s’il existe des décalages entre ces différentes représentations qui viendraient compromettre le fonctionnement du programme. L’intérêt est donc d’accompagner les concepteurs du programme et les intervenants en révélant des éléments importants et nouveaux ou en soulignant les facteurs pervers ou manquants, au cours de l’intervention.

Les perspectives de cette recherche seraient une évaluation plus « sommative », qui à partir d’une approche longitudinale viendrait rendre compte des effets du programme sur les personnes détenues.  

Responsable : Lucie Hernandez

 


Recherche-action sur les programmes de prise en charge des auteurs d’infractions à caractère sexuel (AICS)

Une recherche-action menée par Guillaume Brie s’intéresse à la construction et à la mise en place d’une prise en charge pénitentiaire de condamnés désignés « auteurs d’infraction à caractère sexuel ». Les difficultés liées à la précarité sociale de ces individus constituent la pierre angulaire des réflexions menées dans l’objectif du travail contre la récidive. En effet, les condamnés sexuels présents dans les établissements pénitentiaires retenus pour la recherche appartiennent majoritairement aux fractions les plus démunies des classes populaires, souvent marquées par des conditions économiques et sociales laborieuses – alors même que les enquêtes de victimation montrent une contribution égale de tous les milieux sociaux à ce type de crime. Or, ce point questionne particulièrement les formes de prise en charge qui développent unilatéralement des pratiques orthopédagogiques supposant une relation étroite entre l’appartenance sociale et le passage à l’acte sexuel : modules « d’éducation à la sexualité », « d’action sur la parentalité », «de travail sur le rapport à l’autre », « d’acquisition de la notion du bien et du mal ». De plus, pour la moitié des condamnés de notre échantillon (60 %), la condamnation sexuelle s’inscrit dans un parcours délinquant concernant d’autres faits référencés au casier judiciaire national (vols, recel, trafic de stupéfiants, détention d’armes, conduite sous l’empire d’un état alcoolique, vagabondage). Par voie de conséquence, la réflexion sur les programmes s’oriente vers un travail contre l’isolement social et vers les possibilités d’insertion professionnelle ; ce point n’excluant pas bien sûr le travail thérapeutique sur le passage à l’acte. Toutefois, c’est la centralité donnée à ce type d’approche dans les pratiques professionnelles existantes que la recherche-action discute.  

Responsable : Guillaume Brie

 


Recherche Radicalisation

La lutte contre le terrorisme et la prévention de la « radicalisation » constituent une préoccupation importante des sociétés démocratiques occidentales et, partant, de l’administration pénitentiaire. Cette recherche entend focaliser les analyses sur les professionnels qui interviennent dans les expérimentations et dans les dispositifs de « déradicalisation » qui se mettent en place dans les établissements pénitentiaires. Plus particulièrement, elle porte son analyse sur le travail d’élaboration produit par l’ensemble des professionnels chargés des suivis, à la fois pour comprendre ce qui préside à leurs choix et pour saisir les transformations des dispositifs.

L’objectif général est de produire des analyses qui mettent en lumière les modalités par lesquelles l’action pénitentiaire s’efforce d’orienter sa politique de traitement et de prise en charge de ce nouveau problème. Plus globalement, cette recherche s’intéresse à la manière dont se constituent des savoirs et des pratiques sur la « radicalisation » en accordant une attention particulière à la volonté de sanctionner dans les politiques pénales et, simultanément, au souci de responsabiliser les justiciables dans ces politiques.

Responsables : Cécile Rambourg – Guillaume Brie
 

Le Manuel des prisons, regards sur des prisons de l’entre-deux- guerres

Le fonds Henri Manuel déposé à la médiathèque de l’ENAP est une collection de clichés photographiques des années 30 présentant des établissements pénitentiaires (plus de 800 clichés).

Cette recherche consiste à valoriser cet élément patrimonial primordial de l’histoire pénitentiaire appartenant à l’ENAP. Plus particulièrement de présenter une vision des prisons et des prisonniers de l’entre-deux guerres sous une forme qui ne soit pas simplement un album photographique mais qui mette l’accent sur la vie au quotidien dans les prisons de cette époque. Il s’agit surtout d’intégrer les clichés comme illustration mais aussi comme source historique dans les modifications importantes du système pénal et pénitentiaire des années 30, sans oublier la place d’une certaine vision populaire de la prison. Il s’agit aussi de mettre en lumière ce fonds pour ce qu’il est, ce qu’il a pu être et non comme une banque d’images dénuées de sens global et largement utilisée hors contexte.

Etablir un aperçu du monde pénitentiaire de la fin de la 3ème République, en répondant à ces 3 interrogations qui distordent la réalité figée :

  • Ce qui est montré
  • Ce que l’on veut nous montrer
  • Ce qu’on y voit

La question de l’étude du fonds va juxtaposer une vision institutionnelle, une vision des occupants (détenus et personnels), une vision du monde extérieur à laquelle pourrait se rajouter notre vision du XXI° siècle. C’est cette multitude d’angles de vue qui enrichit l’étude et augmente le potentiel du fond.

La pénologie est sollicitée également puisque se pose la question du rôle fondamental des prisons et des buts et fonctions de la peine. Certains clichés tentent, artistiquement, de montrer que la peine a une fonction morale. Dans des clichés plus techniques ce sont les fonctions utilitaires de la peine qui semblent être soulignés : grande question sur les fonctions de la peine. Cette recherche interroge donc le fonds photographique au regard de la conception de la peine sans oublier l’accent mis sur la professionnalisation des personnels, la future disparition de la relégation et la prise de conscience de la particularité des mineurs.