Vous êtes ici

Histoire & Patrimoine pénitentiaire

L'espace pédagogique Pierre Cannat

L'espace pédagogique Pierre Cannat

Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines

Dans une salle d’exposition nouvellement aménagée au 2ème étage du bâtiment d'enseignement de l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire, le Centre de ressources sur l’histoire des crimes et des peines vous invite à parcourir l’histoire pénitentiaire autour de six thématiques depuis le 19e siècle (personnels, vie en détention, travail en détention, sécurité, architecture et anthropométrie).

L'espace pédagogique Pierre Cannat - Ecole nationale d'administration pénitentiaire

Un parcours illustré par une sélection de documents et d’objets remarquables hérités de l’ancien musée national des prisons à Fontainebleau dont l’Enap a accueilli la collection en 2014 afin de lui redonner un nouvel élan dans le cadre de l’espace pédagogique Pierre Cannat :

  • Personnels et pratiques professionnelles
  • Vie en détention
  • Travail en détention
  • Sécurité
  • Architecture
  • Anthropométrie (greffe)

Pierre Cannat

« Conquérir des hommes, c’est avant tout les aimer. On ne gagne que ce qu’on aime » (1949)

Pierre Cannat (1903-1998), magistrat, est l'auteur d’une thèse de doctorat de droit dans les années 1930 sur les problèmes posés par la relégation des délinquants récidivistes.

Pendant la guerre, il se fait visiteur des prisons de l'Œuvre de Saint-Vincent-de-Paul notamment à Fresnes. Proche de Paul Amor, à la Libération, il participe comme sous-directeur de l'Administration pénitentiaire à la réforme pénitentiaire et devient ensuite animateur du centre d’études pénitentiaires aux prisons de Fresnes créé en juin 1946.

A la suite, il est nommé contrôleur général des prisons, puis de nouveau sous-directeur de l'administration pénitentiaire jusqu'en 1956. Nommé Premier Président de la Cour d'Appel de Monaco en 1956, puis Conseiller d'État en 1957, il est également chargé d'enseignement à la Faculté de droit. Expert désigné par l'UNESCO, pour les questions intéressant la jeunesse, il a été longtemps chargé du secrétariat général de l'Association Mondiale des Amis de l'Enfance (AMADE). 

pierre Cannat

Voir le catalogue de l'Espace pédagogique Pierre Cannat

L'espace pédagogique Pierre Cannat dédié à la mémoire pénitentiaire est ouvert du lundi au vendredi de 11h à 15h pour les personnels et les élèves.

Si vous êtes intéressé par une visite guidée, contacter l'équipe du CRHCP : biblio.enap@justice.fr

En savoir plus :

Centre de ressources sur l'histoire des crimes et des peines
Médiathèque Gabriel Tarde
05.53.98.89.16
05.53.98.91.43 

L'histoire des personnels et des pratiques professionnelles

L’histoire des personnels et des pratiques professionnelles s’organise autour de 3 thèmes :

La règlementation pénitentiaire (du premier règlement intérieur de 1822 jusqu’au Code de déontologie de 2012) et son application par les personnels dont témoignent des registres du greffe et des personnels, les annuaires, les mémentos du surveillant …

La formation traduit la volonté constante de l’Etat de professionnaliser ses agents dans un souci de modernisation de son administration pénitentiaire. Aux embryons de formation sous la 3ème République (prison de la Santé en 1893 puis à Fresnes en 1927) vont succéder, après 1945, plusieurs écoles nationales destinées à former les personnels à de nouvelles compétences en lien avec les conditions de prise en charge des détenus. L’Ecole nationale d’administration pénitentiaire créée en 1966, près de l’établissement pénitentiaire de Fleury-Mérogis, sera le creuset d’un apprentissage professionnel  pour tous les agents. Depuis 2000, un nouveau statut permet aussi  à l’ENAP délocalisée à Agen d’accompagner les réformes de l’institution et de participer à la définition des politiques pénitentiaires par des travaux de recherche et des partenariats qu’elle noue avec des institutions françaises et étrangères.

Uniformes - Espace pédagogique Pierre Cannat

L’évolution des uniformes des personnels de surveillance révèle, quant à elle, l’émergence d’un corps de gardiens homogène et unique qui prendront le nom de surveillants en 1919. A partir des années 1960, la modernisation des missions et des structures pénitentiaires favorise l’émergence d’un nouveau regard sur ce métier qui aura une influence déterminante sur l’évolution de la tenue.

L’uniforme actuel (2004) est à l’image de cette évolution : mieux adapté aux contraintes professionnelles et plus confortable, il est également unisexe afin de renforcer la solidarité et la cohésion entre hommes et femmes de plus en plus nombreuses dans cette profession.

Voir le parcours virtuel sur l'histoire des uniformes pénitentiaires

La vie en détention

Religion et travail

Au 19e siècle, la religion comme le travail est un élément fort de l’amendement du détenu. La messe du dimanche est obligatoire et est assurée par un aumônier recruté, présent dans l’établissement. L’influence des religieux recule avec la montée de l’anticléricalisme à la fin du siècle. La loi de 1905 (séparation des églises et de l’Etat) accélère encore ce retrait, même si la pratique religieuse demeure dans les établissements, comme en témoignent les photographies du Fonds Henri Manuel  (Voir le parcours thématique sur Henri Manuel). 

La santé des détenus est une préoccupation constante. Le médecin est présent en prison dès 1809 et les infirmeries sont obligatoires à partir de 1839.

La mission du médecin est de prévenir les affections endémiques ou épidémiques comme la tuberculose, première cause de mortalité dans les prisons. Limiter la contagion et renforcer l’organisme des personnes fragiles sont souvent les seuls moyens de prévention. Il en est de même pour la prise en charge de détenus souffrant de troubles mentaux.

Après 1945, l’ouverture progressive des prisons aux autorités et personnels de santé, la prise en compte des droits fondamentaux, dont le droit d’accès à la santé pour les détenus, mènent à la loi du 18 janvier 1994, qui offre au détenu une qualité de soin équivalente à celle de l’ensemble de la population, dans des structures adaptées où travaillent des personnels de santé.

Vie en détention

 

Mais la vie en détention, c’est surtout un régime rigoureux qui  s’assouplit au fil du temps. Au 19e et début du 20 siècle, le détenu n’a pratiquement aucun droit, si ce n’est d’obéir. De nombreuses punitions (mise au pain sec et à l’eau, salle de discipline, emprisonnement au « mitard »…) sont prévues et infligées par le tribunal interne de la prison, le prétoire. Dans une société aussi fermée et stricte où l’individu n’a aucun droit et perd sa personnalité, le besoin d’exister conduit les détenus à faire preuve d’imagination comme le prouvent  les objets interdits artisanaux (radios fabriquées dans des boîtes de cigares, machines à tatouer…). Une autre trace du passage d’un détenu en prison est révélée par ses graffitis. D’autres objets de la collection évoquent également les projets d’évasion qu’ils soient réels (corde faite avec des draps lacérés) ou imaginaire (par l’écriture à travers les journaux de détenus).

Tous les détenus dès leur arrivée portent une tenue pénale, le « droguet », fournie par l’administration. Imposée pour des raisons d’hygiène, elle vise également à gommer la personnalité du condamné pour le conduire à la docilité. Dans les années qui précèdent la suppression de la tenue pénale (1983), un assouplissement a lieu car elle est considérée comme un élément négatif pour la santé morale du détenu et un moyen de stigmatisation humiliant.  En 1975, dans certains établissements, les condamnés ne sont plus astreints à ce port dans leur cellule et, la même année, la tenue pénale  qui reste obligatoire, devient juste un « vêtement fourni par l’administration », gris en général.

Le travail en détention

A l'origine : une sanction

A l’origine, le travail en prison des condamnés est une sanction avec une fonction expiatoire. Il est alors considéré comme un châtiment et une contrainte par le Code pénal. Dans les maisons centrales (longues peines), le travail des condamnés est obligatoire (cette obligation prendra fin en 1987).

Le travail en détention - Espace pédagogique Pierre Cannat

Jusqu’en 1927, le régime est celui de l’entreprise générale où l’Etat paie un prix de journée à un entrepreneur privé chargé en échange de nourrir, soigner, habiller et faire travailler les détenus dans des ateliers (textile, cordonnerie, menuiserie, tôlerie, imprimerie), en suivant les prescriptions d’un cahier des charges. Il partage les bénéfices avec les détenus en leur versant une somme sur leur pécule selon des conditions réglées par son marché. Dans les maisons d’arrêt, de petits travaux (paniers, chaises, fleurs, confettis) pouvaient être effectués en cellule.

Après 1945, la Régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP créée en 1950, aujourd’hui SEP-RIEP) est chargée de vendre les produits fabriqués par les détenus en développant leurs emplois. Le droit au travail du détenu est aujourd’hui un moyen d’apprentissage de la vie libre, d’entretien personnel et de sa famille ou d’indemnisation de sa victime. C’est aussi un outil de réinsertion par la formation des détenus.

La sécurité

Clés et serrures ont longtemps symbolisé le lieu de travail et le métier du personnel pénitentiaire. Comme le montre la collection, ces éléments de sécurité se sont au fil du temps réduits en taille pour pratiquement disparaître aujourd’hui avec les ouvertures automatiques à distance dans les nouveaux établissements pour Le contrôle des entrées et sorties. 

Depuis les années 1980, caméras et écrans ont pris le pas également sur la surveillance visuelle qu’effectuaient les surveillants lors de leurs rondes de jour et de nuit équipés de leur appareil de contrôle (le chronographe) et d’une lampe.

Les appareils de liaison (de type Motorola) ou les équipements d’alarme (individuelle ou générale) tendent également à supplanter le sifflet, le téléphone ou l’appel pour alerter de tout incident. Les équipements électroniques de détection comme les portiques et les  détecteurs facilitent les opérations de fouille corporelle ou dans les cellules.  

La sécurité - Espace pédagogique Pierre Cannat

 

L’armement en permanence des personnels de surveillance n’a existé qu’au début du 19e siècle. Assimilés aux militaires pour la discipline, le service et l’équipement, les gardiens, anciens militaires pour la majorité, sont armés dans l’exercice de leurs fonctions, qui se résument alors à  empêcher l’évasion et à dénoncer les trafics et infractions des détenus. Les gardiens ne peuvent se servir de leur sabre-briquet qu’en cas de révolte ou de légitime défense sous peine de destitution. De même pour les armes vouées à la surveillance interne et externe, comme les fusils aux abords des bâtiments de détention ou dans les miradors. Les armes de poing (pistolets, revolvers) ne sont portées qu’occasionnellement par les gradés, lors de cérémonies, ou par les personnels chargés des transfèrements des détenus à titre préventif.  

La prévention des évasions ou la neutralisation en cas d’agression est illustrée par un échantillon d’entraves du bagne à nos jours. 

L'Architecture

L'Architecture - L'espace pédagogique Pierre Cannat

Au début du 19e siècle, l’administration réhabilite surtout des bâtiments hérités de l’Ancien régime, la plupart confisqués pour en faire des prisons. Des architectes (comme Alexandre Poitevin au château de Cadillac en Gironde ou Alfred Normand à l’abbaye de Fontevraud en Maine-et-Loire) sont chargés de procéder aux transformations nécessaires.

Il n’y a pas de modèle architectural précis, pas d’application d’un plan-type : on adapte les locaux existants à leurs nouvelles fonctions et on procède à des extensions, destructions, ajouts, transformations  pour abriter ateliers, bureaux, dortoirs, infirmeries, chapelles, salles de bains, réfectoires, cuisines, salles de classe, prétoires, cachots… 

Ainsi transformés, ces établissements deviennent de grandes prisons-manufactures, véritables cités vivant en autarcie où les détenus, répartis dans des ateliers, sont astreints au travail obligatoire.

 

A partir des années 1830, l’isolement et le travail deviennent les instruments de la transformation et de l’amendement du détenu. Deux modèles architecturaux de systèmes cellulaires coexistent alors :

  • le système pennsylvanien : emprisonnement cellulaire strict avec séparation de jour comme de nuit
  • le système auburnien : isolement en cellule individuelle durant la nuit, mais travail en commun dans des ateliers pendant la journée

A partir de ces modèles, les architectes proposent plusieurs variantes de plans pour les prisons :

  • panoptique complet (plan circulaire parfait) ou en demi-cercle
  • plan rayonnant ou en étoile
  • plan en croix
  • plan en Y

A partir de 1850-1860, c’est le plan rayonnant qui devient le schéma principal avec comme caractéristiques :

  • les perspectives des couloirs
  • les coursives en surplomb
  • le volume de la rotonde (tour centrale)
  • l'ampleur des arches liant les ailes à la rotonde

Au 20e siècle à jusqu’à aujourd’hui,  les caractères de l’architecture carcérale demeurent pratiquement les mêmes qu’au 19e siècle* :   

  • Un bâtiment unique, plus ou moins tentaculaire, qui compose la zone où les détenus peuvent avoir accès et où toutes les liaisons sont intérieures
  • Un espace fonctionnel destiné aux détenus : cellule, ateliers, salle de classe, cour de promenade, conçus comme autant de petites prisons dans la prison
  • Un réseau de circulations qui relie entre elles toutes ces micro-prisons et où travaille le personnel de surveillance. Les détenus ne font qu’y passer pour aller d’un endroit à l'autre, sous le contrôle des surveillants.

Cependant, une nouvelle génération d’établissements pénitentiaires mettant l’accent sur la réinsertion du détenu voit le jour.

* Christian Demonchy, « Généalogie de la prison moderne », 2003

Anthropométrie

Le laboratoire d'Alphonse Bertillon

A la fin du 19e siècle, Alphonse Bertillon (1853-1914), responsable du service de l’identité judiciaire, a mis au point un système de classification de la population pénale, l’identification anthropométrique ou « bertillonnage », afin de « conserver une empreinte suffisante de la personnalité pour pouvoir identifier la description présente avec celle que l’on pourrait être amené à relever ultérieurement ». Il s’agissait ainsi de lutter contre la récidive.

L’agent devait relever les mensurations de l’individu (taille, envergure, hauteur du buste, tête, membres).

Après une seconde vérification, les informations étaient reportées sur une fiche signalétique qui comprenait également des éléments descriptifs (couleur de l’œil gauche, teint, nuances de la barbe et cheveux, formes du front, nez, oreilles, corpulence et autres traits marquants du profil), le tout  constituant une description minutieuse que Bertillon a baptisé le « portrait parlé ».

La fiche d'anthropométrie judiciaire est composée de 9 mesures osseuses qui constituent le signalement anthropométrique de l'homme.

Anthropométrie -L'espace pédagogique Pierre Cannat