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Un artiste en résidence à l'Enap : le Tigre et le Papillon, par Arnaud Théval

Artiste en résidence : Arnaud Théval, le Tigre et le Papillon

Du point de vue de l’Institution

Un artiste en résidence dans une Ecole de service public est un acte peu commun. L’artiste est son propre porte-parole pour retranscrire à travers son univers artistique ce qu’il vit, partage et ressent durant ce temps de présence au sein de l’Institution.

De 2012 à 2019, l’Enap a donné carte blanche à Arnaud Théval pour qu’il porte son regard artistique sur la formation et le métier de surveillant, mais aussi pour que les élèves découvrent le travail d’un artiste et de son univers. La réciprocité, l’échange, l’interconnaissance et le respect nourrissent ce projet. Permettre à des élèves d’être impliqués dans un processus artistique, c’est accepter qu’ils s’interrogent et osent décaler leur regard sur le métier dans lequel ils s’engagent. Ce projet à la temporalité singulière (sur plusieurs années) est une aventure humaine, une œuvre artistique qui s’ancre au cœur de la formation des élèves. 

Du point de vue de l’artiste

Le tigre et le papillon est un projet artistique conçu par Arnaud Théval sur l’univers carcéral, qui s'est construit à partir de l’expérience des surveillants, de leurs récits depuis leur formation jusque sur leurs lieux de travail.

Ce projet a démarré en 2012 à l’occasion de la fermeture de la Maison d’arrêt de Nantes, dans laquelle l’artiste a initié son travail sur l’univers carcéral. Une première approche a consisté à photographier les lieux quelques heures après le transfert des détenus afin d’en saisir la force sans tomber dans le voyeurisme, ni les restrictions liées à la sécurité. Ce travail s’est poursuivi lors des fermetures des Maisons d’arrêt de Valence et de Beauvais en 2015.

Le projet Le tigre et le papillon a été créé autour de trois grands chapitres : Les prisons vidées, la formation et les prisons.

Episode  1 : Dans un premier temps

Arnaud Théval a rencontré les élèves de la 187ème promotion de surveillants à leur arrivée à l'Enap.

Dès le deuxième jour, l'administration a remis à chacun un uniforme. Pour ces 632 élèves, c'est un moment fondateur qui se déroule dans une certaine urgence, avec une pression dûe au peu de temps qu'ils ont pour prendre possession de leur uniforme ....

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 1
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 1

Episode 2 : Scenes au choc carcéral / un bleu parmi les bleus

Arnaud Théval a retrouvé les élèves de la 187ème promotion après le choc carcéral du premier stage.

Il les a écouté et leur a proposé plusieurs protocoles à partir de leurs récits. Les élèves ont raconté au formateur le vécu de leur premier stage. Ce n'est pas une prison qui s'est dessiné mais des centaines aussi différentes qu'ont été leurs expériences, la situation géographique et les surveillants rencontrés.

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 2
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 2

episode 3  : les surveillantes

Lors de ce troisième temps fort, l'amphithéâtre s'est rempli uniquement de femmes surveillantes, comme le mentionnait la convocation.

Très maladroitement, Arnaud Théval raconte qu'à plusieurs moments dans son travail, il a été interpellé par la question de la femme surveillante ...

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode3. Crédit photo : Arnaud Théval
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode3. Crédit photo : Arnaud Théval

episode 4 : tatouages

Plusieurs éléments visibles dans les murs mêmes de l'institution, issus de débats suite à la présentation de photos ou encore d'échanges en prison avec les surveillants ont conduit Arnaud Théval sur la thématique du tatouage chez les surveillants.

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 4. Crédit photo : Arnaud Théval
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 4. Crédit photo : Arnaud Théval

Episode 5 : Le bleu ciel maîtrise

Certains des cours dispensés aux lieutenants pénitentiaires, auxquels Arnaud Théval a assisté pour tenter de saisir les enjeux de leur formation, sont à l'origine de ce cinquième temps fort.

Une rencontre a même eu lieu autour de ces questions de représentations et de positionnement professionnel.

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 5. Crédit photo : Arnaud Théval
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 5. Crédit photo : Arnaud Théval

episode 6 :  les liens de l'émancipation

La durée de la distribution des uniformes a été rallongée et le temps d'essayage s'étire parfois très longtemps après que le premier de chaque groupe ait fini de revêtir son uniforme. Ils attendent en blaguant, ils ne sont pas pressés, ils sont là pour huit mois...

Arnaud Théval discute avec eux de ses travaux, de leurs pays, et soudain, l'un d'entre eux lui demande s'il a le temps d'aller chercher des colliers de coquillages qu'il a dans sa valise...

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 6
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 6

episode 7 : l'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus

L’exposition L’oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus est construite sur un tournant historique pour les prisons françaises. Plusieurs d’entre elles, insalubres et vétustes, ont fermé ces dernières années laissant derrière nous un modèle ancien et à bout de souffle mais toujours à l’oeuvre dans nos imaginaires : celui d’une prison panoptique insérée dans nos villes. Le transfert des personnes détenues vers de nouvelles prisons bâties à l’extérieur des villes est le moment de rupture entraînant tous les acteurs, détenus, personnels pénitentiaires, partenaires et familles dans une déchirure paradoxale. Celle d’abandonner un lieu d’enfermement dur mais connu et rassurant, un lieu de travail maîtrisé, voire familial. Les derniers moments de cette vie auront été bouleversants, violents et touchants. J’entre en prison, quelques heures après. C’est le moment à partir duquel j’ai choisi de construire mon propos, à la recherche de ces fragments d’humanité qui subsistent dans les instants qui suivent le départ des occupants, ce qui reste après le tremblement et ce qui subsiste dans les récits des personnels.

L'expositon L'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus, produite par le Musée des Beaux-arts d'Agen, s'est tenu à l'Eglise des Jacobins du 24 juin au 30 novembre 2017.

Édito d'Adrien Enfedaque, conservateur du Musée des Beaux-Arts d’Agen

« Succédant à Gérard Fromanger, Arnaud Théval investit, à partir de juin 2017, l’ancienne église des Jacobins, dévolue aux expositions temporaires estivales du Musée des Beaux-Arts d’Agen.
Elle donne l’occasion de dévoiler le travail d’un artiste engagé, observateur ironique de notre société, à travers une étude sur les prisons du XIXe siècle, et poursuivie tout naturellement à l’Enap auprès des cinq dernières promotions de surveillants en formation. Déconstruisant la figure anonyme du « maton », associée à celle du bourreau dans l’inconscient collectif, ses photographies et ses installations s’attachent à observer les surveillants comme un microcosme, avec humanité, tendresse et humour
. »
 

Édito de Sophie Bleuet, directrice de l’École nationale d’administration pénitentiaire de 2016 à 2019

« L’Énap enrichit sa formation des personnels pénitentiaires par une programmation culturelle et des propositions artistiques, ouvertes également au public agenais, affirmant ainsi l’ancrage de l’école à dimension nationale, dans le territoire agenais. C’est dans ce contexte qu’Arnaud Théval a été accueilli au cœur de notre institution et nous permet de renforcer notre volonté commune de créer des passerelles entre ce monde du dedans, qu’est la prison, et la société civile. Ce projet artistique confirme combien l’Énap et Agen sont engagés ensemble pour porter la formation des personnels pénitentiaires et valoriser ces métiers méconnus. C’est une première pour une école de service public d’accueillir un artiste en résidence.

Ce projet, qui associe élèves de l’Énap et personnels, est fondamentalement basé sur la rencontre et l’humain. L’imaginaire travaillé de l’artiste se nourrit de rendez-vous avec les individus et l’institution. S’appuyant sur différents points d’entrées tels que les objets interdits, le choc carcéral des personnels, les conditions de l’incorporation, les tatouages, la figure de la femme surveillante, des récits d’élèves et de personnels, Arnaud Théval façonne cette matière et crée ces opportunités esthétiques permettant à l’institution qu’un regard différent soit porté sur elle et sur ses métiers. C’est un processus qui contribue à mieux appréhender les enjeux de la culture dans un milieu de formation (l’Enap), dans un environnement contraint (la prison) mais plus globalement au sein de la société toute entière.

Objet artistique, objet sociétal, le travail d’Arnaud Théval questionne, bouscule, enrichit et rassemble. Il intègre tout autant qu’il affranchit. Il permet un épanouissant pas de côté tant pour l’individu que pour l’institution. »
 

Le point de vue de l'artiste : Arnaud Théval

« L’exposition L’oeilleton inversé : une prison vidée et ses bleus est construite sur un tournant historique pour les prisons françaises. Plusieurs d’entre elles, insalubres et vétustes, ont fermé ces dernières années laissant derrière nous un modèle ancien et à bout de souffle mais toujours à l’œuvre dans nos imaginaires : celui d’une prison panoptique insérée dans nos villes. Le transfert des personnes détenues vers de nouvelles prisons bâties à l’extérieur des villes est le moment de rupture entraînant tous les acteurs, détenus, personnels pénitentiaires, partenaires et familles dans une déchirure paradoxale. Celle d’abandonner un lieu d’enfermement dur mais connu et rassurant, un lieu de travail maîtrisé, voire familial. Les derniers moments de cette vie auront été bouleversants, violents et touchants.
J’entre en prison, quelques heures après. C’est le moment à partir duquel j’ai choisi de construire mon propos, à la recherche de ces fragments d’humanité qui subsistent dans les instants qui suivent le départ des occupants, ce qui reste après le tremblement et ce qui subsiste dans les récits des personnels. En même temps que de nouvelles prisons surgissent, aux capacités étendues, aux normes de sécurité revues, que le nombre de personnes incarcérées atteint des records, le manque de personnels pénitentiaires est plus que jamais un enjeu. Les promotions d’élèves surveillants sont gigantesques, elles vont se succéder à un rythme jamais vu. C’est à l’école nationale d’administration pénitentiaire que je poursuis mon travail, curieux de comprendre les ressorts de la formation des surveillants de prison, tout en m’impliquant dans le processus d’incorporation des codes de ces métiers, en y insérant mes protocoles artistiques. En résidence depuis septembre 2014, je m’immerge dans le parcours des élèves surveillants, de la remise de l’uniforme jusqu’à la cérémonie de clôture pour en faire émerger des propositions de mises en scènes photographiques avec les élèves, issues de ma perception et des récits des élèves sur leurs ressentis.
Le tigre et le papillon, à l’instar d’un dessin photographié sur le mur d’une cellule, est la figure par laquelle je m’interroge sur, qui, du surveillant ou du détenu, incarne le mieux l’insecte fragile ou la force du félin ? Les pièces présentées dans l’exposition se déploient à l’image d’un cycle, celui de la fin d’une typologie d’enfermement et le début d’un métier pour ceux qui feront carrière en prison.
Les œuvres sont des séquences d’une immersion dans la culture pénitentiaire, mêlant fragments d’enfermements et moments de formation. Elles croisent des histoires vécues, des lieux traversés et des mises en situation du personnel pénitentiaire questionnant ma relation à cette imaginaire carcéral et à la figure de ceux qui l’organisent. Comme si l’œilleton s’était inversé, le spectateur découvre les histoires de ceux qui sont perçus comme des bourreaux, qui apprennent à surveiller tout en étant contrôlés de toute part, parfois confronté à des renversements du regard, à des pleins d’humanités, à leurs propres peurs et doutes, que mon processus artistique met à nu tandis qu’il est coutumier de retenir et de cacher ces choses-là
. »

AUTOUR DE L'EXPOSITION : LA PROGRAMMATION CULTURELLE ASSOCIÉE

La culture s’infuse dans l’école par des signes, des espaces de partage, dans des lieux qui lui sont dédiés ou non mais aussi à travers des événements de proximité ou collectifs.
Accueillir Arnaud Théval en résidence contribue à cette volonté de mieux appréhender les enjeux de l'art dans un lieu de formation. Ce projet, qui associe élèves de l’Énap et personnels, est fondamentalement basée sur la rencontre et l’humain. Recevoir un artiste au cœur de notre institution où la co-construction est centrale et réflexive, où le maillage fédère et mobilise, renforce nécessairement le projet culturel et artistique soutenu par l’École.
Prolonger cette expérience artistique à travers une exposition où l’on parle notamment de la formation de nos élèves ouvre une (re)connaissance auprès du grand public. Pour l’Énap, c’est continuer d’accompagner nos élèves  à se questionner sur leur apprentissage à la croisée de deux univers, l’un  « sensible »  et « politique » qu’offre Arnaud Théval, et l’autre « codifié » et « porteur des valeurs de la République » de notre administration.
Cette volonté d’amener les élèves à aiguiser leur esprit critique s'est prolongée grâce à des temps de débats, de discussions, de pratiques artistiques, de spectacle vivant… Ils ont nourri leur curiosité et ont permis de mettre en exergue ces points de tensions et d’humanité que chacun porte en soi.

Retour sur les événements associés à l'exposition

Dialogue et recherche sur l’œuvre

Arnaud Théval a construit sa démarche esthétique et politique en créant un dialogue avec d'autres pratiques issues des sciences humaines. Cette transversalité irrigue la pensée de l'artiste et les regards portés sur l’œuvre.
Le philosophe Christian Ruby a ainsi été associé à une réflexion sur l'emploi du mot « radical » dans la sphère publique aujourd'hui. L'exercice de la violence dans les prisons, observé sur les murs de celles qui ont fermé ou dans les récits et les médias interrogent sur le développement de la pensée radicale.

  • Énap - Juin 2017 :  Temps de formation à la visite guidée de l’exposition à destination des personnels pénitentiaires, des élèves de l’Enap, des médiateurs du musée, des enseignants du Lot-et-Garonne et des partenaires culturels de la ville d’Agen.
  • Énap - 5 juillet 2017 :  Rencontres artistiques et débat d’idées sur les radicalités avec Laurent Faivre, Arnaud Théval et Pierre Flory autour de l’exposition et de la pièce de théâtre « Claude Gueux » de Victor Hugo.
  • Musée des Beaux-arts - 6 juillet 2017 : Pièce de théâtre « Claude Gueux » de Victor Hugo.
  • Énap - 26 septembre 2017 :  Work shop à l’Enap : la figure du surveillant dans l’histoire.
  • Cinéma Les montreurs d’image - 27 septembre 2017 : Projection du film « De sas en sas » de Rachida Brakni suivi d’un débat.

La psychiatre et anthropologue Claire Mestre s'est intéressée aux objets saisis dans les cellules des détenus. Ces objets, photographiés et présentées dans l’œuvre « Un œil sur le dos », sont à l'origine d'une fiction intitulée « Objets d'amour en cage ».

  • Église des Jacobins et à l'Énap - 11 Octobre 2017 : Lecture publique "Objets d'amour en cage" de Claire Mestre.
  • Lire le texte de Claire Mestre

Les sociologues et enseignants chercheurs au Centre Interdisciplinaire de Recherche Appliqué au champ Pénitentiaire (CIRAP) à l’Enap, Guillaume Brie et Cécile Rambourg ont participé avec l'artiste à une série d'entretiens. Ces échanges ont permis de constituer la trame d'un article scientifique intitulé « Les foules conviées » présenté lors du colloque « Ce que la formation fait aux indivius » qui s’est tenu à l’Énap les 28 et 29 mars 2018.

Dialogue autour de l’œuvre

L'institut de Formation en Soins infirmiers d'Agen (IFSI) s'est saisi de l'exposition et des porosités des thèmes entre le milieu carcéral et le monde hospitalier pour engager une réflexion sur les enfermements que produisent les institutions et les difficultés de l'exercice d'un métier humain quel que soit le contexte institutionnel.

  • Église des Jacobins - Octobre 2017 : Visites guidées par les élèves de l’Enap aux élèves de l'ISFI abordant plus spécifiquement les divergences et les convergences entre les métiers de surveillant et d'aide-soignant.

Les « relais » partenaires (Maison d’arrêt, SPIP, Palais de justice d’Agen) ont permis d'alimenter la réflexion de l’artiste à partir des œuvres "A fond perdu", issues d'un dialogue entre Arnaud Théval et l'historienne Fabienne Huard-Hardy, autour de l'ouvrage "le Manuel des prisons" et de son approche du Fonds Henri Manuel.

Les personnels, acteurs de la culture en détention :

  • Énap - 13 au 17 novembre 2017 : Formation « Faire vivre la culture en milieu pénitentiaire : les radicalisations ». A partir de l’exposition, les participants se sont interrogés sur la pertinence et les enjeux d'une programmation culturelle en détention ainsi que sur la mise en perspective de projets en lien avec les programmes de lutte contre la radicalisation.

En collaboration avec le Département de Lot-et-Garonne et le rectorat de l'Académie de Bordeaux, des ateliers de pratiques artistiques ont été mis en place dans le cadre des itinéraires de la Convention Éducative, construits à partir de la notion de l'engagement artistique et de la citoyenneté.
A partir de différents points d’entrées tels que les objets interdits, le choc carcéral des personnels, les conditions de l’incorporation, les tatouages, la figure de la femme surveillante... les élèves ont pu rencontrer l'artiste, découvrir l'Énap et questionner leur rapport à l'enfermement.

  • Énap - Mai-Juin 2017 : Formations pour les enseignants
  • Énap – Octobre 2017 :  Les collégiens impliqués dans les protocoles artistiques rencontrent Arnaud Théval.
  • Église des Jacobins – Octobre 2017 : Les collégiens visitent l’exposition en présence de l’artiste.
  • Énap - janvier 2018 : Restitution des parcours artistiques avec les collégiens.
En écho à l'exposition
  • Théâtre Ducourneau d'Agen (dans la programmation culturelle de l’Enap) – Octobre 2017- Raging Bull de la Compagnie Caliband Théâtre.
  • Théâtre Ducourneau d'Agen – Novembre 2017 - De la démocratie d’Alexis de Tocqueville (d’après De la démocratie en Amérique), écriture et mise en scène Laurent Gutmann.

En savoir plus sur Le Tigre et le Papillon, l'art sur et dans l'administration pénitentiaire

Lire l'édito : L'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 7. expo : L'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus, par Arnaud Théval
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 7. expo : L'oeilleton inversé, la prison vidée et ses bleus, par Arnaud Théval

EPISODE 8 : VOTUUS

Le retour de stage est un rituel dans la formation et le premier moment est celui d’un tour de table de leurs expériences et de leurs ressentis. Les deux formateurs expliquent leurs attendus et terminent par un tonitruant : « C’était bien pour vous ? »

Les uns après les autres, les élèves directeurs des services pénitentiaires et directeurs pénitentiaires d'insertion et de probation ont exprimé dans une retenue infinie, avec des mots bien pesés ce qu'ils ont traversé. Peu d'émotions dans ce premier tour, cela reste assez technique cependant la distance relationnelle avec le personnel de surveillance est une réelle préoccupation. Elle s'exprime en particulier dans l'usage du vouvoiement ou du tutoiement. VOTUUS est une proposition faite aux élèves-directeurs d'écrire quelques moments de situations vus ou vécus mettant en jeu cette complexité du positionnement. Dans leurs réponses, la question du genre va exploser, inattendue.

Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 8 - Votuus
Résidence d'artiste : Arnaud Théval, le tigre et le papillon - épisode 8 - Votuus

EPISODE 10 : A JAMAIS

Dans le cadre de sa recherche artistique sur les incorporations des élèves dans l’institution, Arnaud Théval été interpellé par le parcours de ceux qui changent de corps dans l’institution même, par le biais des concours internes. Les surveillants ou les lieutenants qui deviennent CPIP l'ont interessé dans ce qu’ils apportent avec eux comme culture, connaissances et histoires de cet univers pénitentiaire.

Cet épisode s'est conclu par un "parcours bleu", une déambulation dans l'Enap autour des oeuvres de l'artiste.

D’UNE RÉSIDENCE A L’AUTRE

Après avoir posé son regard artistique sur le monde carcéral, sur l'École et sur le terrain, Arnaud Théval a clôturé sa résidence à l'Énap par la sortie du livre « Le tigre et la papillon », à la fois objet artistique et outil de médiation relatant cette aventure. A l'École, des traces de cette résidence demeurent dans les locaux (escaliers et couloirs, bureau de la Direction...), faisant perdurer la mémoire de ce travail au long cours.
Pour accueillir la sortie du livre « Le tigre et la papillon », un dernier épisode a été organisé le 14 mai 2019. Une journée singulière placée sous le signe de l’échange de points de vue, de ressentis et d’expériences, toujours en lien avec la place de l’artiste au sein de l’école.
Arnaud Théval s’est ainsi prêté au jeu du « Speed meeting » avec des élèves surveillants, CPIP et des personnels. A partir de photos de l’artiste, ils ont évoqué ensemble, le temps d’une rencontre, leur premier stage en détention, leur expérience, leurs réflexions et leurs souvenirs.
La présence lors du « Speed meeting » de Katia Kovacic, artiste sonore, marque un passage de relais entre deux regards artistiques, deux résidences qui viennent se croiser, qui se questionnent et dialoguent. En effet, à partir de janvier 2019, c’est au tour de Katia Kovacic de venir poser son regard sur l’Énap, de découvrir l’univers et la culture de l’administration pénitentiaire à partir du lieu de formation.